Casinos JOA rachetés par Banijay : le pari sur un futur marché du casino en ligne en France
Le groupe Banijay, maison mère de Betclic, a annoncé début juillet le rachat des 33 casinos régionaux du groupe JOA, un mouvement stratégique qui mise sur une éventuelle libéralisation du casino en ligne, encore interdit en France.
L’opération a été officialisée le 6 juillet dernier : Banijay Gaming, la branche jeux du groupe français propriétaire de Betclic et de l’opérateur italien Tipico, a conclu un accord pour racheter le réseau de 33 casinos régionaux de Groupe JOA. La finalisation est attendue au second semestre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires, rapporte le média spécialisé iGamingBusiness.
Sur le papier, l’équation surprend. En France, le casino en ligne demeure interdit par la loi, et les mises sur les paris en points de vente ont même légèrement reculé, passant de 11 milliards d’euros en 2024 à 10,5 milliards en 2025 selon les données H2 Gambling Capital citées par nos confrères. De quoi s’interroger sur la logique financière derrière une transaction évaluée à plusieurs milliards d’euros.
Selon les experts interrogés par iGamingBusiness, la réponse tient en trois temps : un réseau de casinos physiques qui génère aujourd’hui des revenus stables, une future baisse du coût d’acquisition client grâce à une offre omnicanale, et surtout un pari sur une possible ouverture réglementaire du marché du iGaming en France, considéré comme l’un des plus grands marchés non régulés d’Europe. Ollie Woodward, du cabinet BDO, évoque ainsi « un pari à long terme sur le potentiel d’une régulation du casino en ligne en France », tandis que Nigel Hinchliffe, d’Alvarez & Marsal, estime que l’opération ne « tiendrait pas debout sur les seuls fondamentaux du jeu physique ».
« Je suis le défenseur de cette évolution du physique vers le digital », a confié à iGamingBusiness Laurent Lassiaz, président de JOA, qui restera à la tête de l’entité après le rachat.
Lassiaz, cité par nos confrères, précise que le iGaming ne représente pas une menace pour le secteur physique, mais qu’une éventuelle attribution de licences en ligne conditionnée à l’exploitation de casinos terrestres constituerait « un nouveau vertical majeur » pour son groupe. Une manière, pour JOA comme pour Banijay, de se positionner en amont d’une possible évolution réglementaire, sans en dépendre pour justifier l’opération.
Christian Tirabassi, du cabinet Ficom Leisure, replace ce rachat dans une tendance plus large observée en Europe : la convergence des canaux de jeu, en ligne et physique, comme réponse au durcissement des règles publicitaires et à la nécessité de fidéliser la clientèle. Il souligne qu’une part importante de la demande française pour le casino en ligne est aujourd’hui captée par des opérateurs offshore, échappant ainsi à toute régulation nationale. Le rachat de JOA par Banijay illustre donc, au-delà du cas français, une recomposition plus globale des stratégies d’investissement dans le secteur des jeux d’argent, où le foncier et le numérique tendent à se rejoindre.